De l’inexistence des séries françaises

Les Revenants, série crée par Fabrice Gobert (2012)

Rating: ★½☆☆☆ 

Les séries françaises sont elles condamnées à n’être que de pâles ersatzs de leurs homologues américains? C’est le triste constat que l’on peut dresser après le visionnages des huit épisodes des Revenants, la nouvelle fiction de Canal +, portée par un accueil critique aussi dithyrambique qu’incompréhensible.

L’action de la série se déroule dans une petite ville en proie à d’étranges phénomènes, suite au retour soudain de fantômes du passé dans le monde des vivants. Joli postulat poétique, mais hélas constamment plombé par la propension de l’écriture à entretenir un vain fétichisme lorgnant vers les fictions américaines. Difficile en effet ne pas voir en Les Revenants autre chose qu’une compilation de bonnes idées piquées ici et là à de célèbres shows américains, de Twin Peaks aux 4400, en passant par Lost, Homeland ou encore Carnival. La série créée par Fabrice Gobert (réalisateur de Simon Werner a disparu) témoigne donc toutefois d’une connaissance appliquée du paysage sériel américain, et d’une vraie tentative d’assimilation des structures et des mises en scènes propres à ce dernier. Mais elle s’entête à dépeindre le quotidien des habitants d’un village aux mentalités plus proches d’une communauté du Montana que d’une ville de l’est de la France. Que ce soit la typologie des lieux (le pub, les résidences estampillées middle-class, l’American Diner), la présence religieuse, ou encore l’action policière, rien ne fait sens dans un cadre hexagonal: ultimement, le village des Revenants s’avère un espace géographique hybride, stigmate d’une incapacité d’adaptation de codes marqués culturellement à un tout autre environnement. Pire, outre ses références appuyées à la civilisation anglo-saxonne, Les Revenants singent les tics les plus horripilants des séries câblées (la dose de violence et de sexe hebdomadaire qui répond aux cahiers des charges d’HBO et autres Showtime), comme si l’imitation d’un modèle s’opérait dans une logique de reproduction dénuée de toute distance critique.

Imitation, le mot est lâché. Puériles intentions que celles de Canal + qui ne vise qu’à copier les “grands” pour mieux concurrencer ces derniers. Tout est fait pour montrer l’aptitude de la chaîne à produire une série ambitieuse: casting avec têtes d’affiches (Anne Consigny) et pléiade d’espoirs masculins et féminins récompensés au Césars, musique signée par un groupe internationalement reconnu (Mogwai et sa partition lourdingue et démonstrative), adoption du plan large pour mettre en valeur les efforts de production design. C’est probablement autour de ces arguments factuels que se joue l’erreur de l’accueil critique des Revenants. Qu’on se réjouisse que le gouffre technique séparant les fictions américaines et françaises se réduise, soit. Mais la célébration chauvine de cette avancée n’est pas dénuée de nocivité, tant elle encourage des séries bancales sur le seul crédit de leur habilité à hausser le piètre niveau moyen de la production. Qui plus est, cet enthousiasme occulte la question critique de l’absence d’identité réelle du paysage sériel français. Dès lors, se réjouir de la parution des Revenants c’est quelque part aussi maintenir cet état végétatif de la série française qui se conçoit elle même dans un rapport d’infériorité aux référents, sans jamais se positionner sur un autre terrain que celui de ses aînés.

Qu’est ce qu’une série française? La question est posée, la notion reste à inventer. Là où les séries britanniques s’appuient sur un héritage bien défini (la comédie à l’anglaise, le drame victorien), là où les séries nordiques cultivent un imaginaire propre (des paysages froids et brumeux), la série à la française ne se résume aussi bien formellement que thématiquement qu’à la reproduction de formules dont l’efficacité n’est plus à démontrer, entretenant au mieux un rapport factice avec sa propre culture (le cas de Maison Close, dont la robe hexagonale ne tient qu’à l’ancrage historique). Difficile d’envisager néanmoins une sortie prochaine de cette impasse, tant le succès des Revenants consacre une stratégie du simulacre comme seul motif définissant, empêchant ainsi  l’émergence d’une série française matricielle.